Dans l’Est de la RDC, les défenseur·ses des droits humains sont la cible d’actes de violences extrêmes commis par l’AFC/M23

Le 26 janvier 2025, l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), groupe armé créé en 2012 et redevenu actif depuis 2021 en République Démocratique du Congo (RDC), est entré dans la ville de Goma dans la province du Nord-Kivu, à la suite d’une offensive éclair, avec le soutien des forces armées rwandaises. Le 14 février, la ville de Bukavu, dans la province limitrophe du Sud-Kivu, a été prise par les rebelles du M23 .

Une crise humanitaire et sécuritaire qui s’aggrave

Plus d’un an après la chute de Goma et Bukavu, le constat demeure alarmant : la situation humanitaire est particulièrement critique dans les villes occupées par l’AFC/M23. Depuis plusieurs mois, l’absence de couloirs humanitaires, la suspension de l’activité des banques, rendant l’accès aux fonds plus coûteux pour subvenir aux besoins essentiels, la hausse de la criminalité, l’enrôlement forcé des jeunes, des actes de détention illégale et de torture , et les graves pénuries de fournitures essentielles, aggravent la situation humanitaire et sécuritaire pour les civils sur place. Selon un rapport des Nations Unies, les combats pour le contrôle de la ville ont fait au moins 2 900 morts et provoqué le déplacement de plus de 500 000 personnes, accentuant une crise humanitaire déjà chronique dans la région . Dans plusieurs villes, dont la ville de Goma, l’AFC/M23 a instauré une administration parallèle, avec la nomination d’un gouverneur au Nord-Kivu, ou encore le recrutement de magistrats.

Des violations en hausse, un espace civique de plus en plus restreint

Dans ce contexte, les violations des droits humains sont extrêmement nombreuses et ne cessent de croître : « Au cours du premier semestre de l’année 2025, le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme a documenté 2.767 violations et atteintes aux droits de l’homme et violations du droit international humanitaire sur l’ensemble du territoire congolais, ce qui représente une augmentation de 11 pour cent par rapport à celles documentées lors du semestre précédent. Parmi ces violations et atteintes, 86 pour cent, soit 2.378, ont été commises dans les provinces en conflit » .

Défendre les droits humains sous menace

Au-delà des conséquences irréversibles sur la population, depuis l’occupation du M23 dans ces deux provinces, les acteur·ice·s de la société civile, défenseur·se·s des droits humains et journalistes sont particulièrement pris pour cible, car ils·elles sont les premier·e·s à documenter ce qu’il se passe. A ce titre, les DDH sont soumis·es à des actes d’intimidation, d’enlèvements, de violences ciblées et des entraves alors qu’ils et elles documentent les violations des droits humains et fournissent une assistance cruciale aux communautés affectées. Plusieurs experts des Nations Unies ont ainsi alerté, dans un communiqué publié le 26 février 2026, sur « la gravité et la brutalité des exactions commises à l’encontre des défenseurs des droits humains et de leurs familles » à l’Est .

Avec l’occupation de l’AFC/M23 dans les deux provinces, le travail de promotion et de défense des droits humains mené par les DDH depuis des années dans la région est gravement mis en péril. Plusieurs DDH ont été assassiné·e·s en représailles de leurs prises de parole, tandis que d’autres ont dû fuir et sont donc désormais forcé·e·s de vivre en exil ou comme déplacé·e·s internes sans soutien.

Une réponse d’urgence pour protéger les personnes visées

Dès le début de la crise, et durant toute l’année 2025, Agir ensemble pour les droits humains et le Secours populaire français se sont mobilisés en urgence, et sans relâche, pour soutenir la société civile à l’Est. Ainsi, ce soutien a permis d’apporter une protection d’urgence pour 88 défenseur·se·s des droits humains en danger, et leurs proches. Les mesures de protection ont notamment pris la forme de relocalisations d’urgence hors des zones occupées par le groupe armé, dans des quartiers plus sécurisés, ou encore de soins médicaux pour les DDH ayant subi des actes de torture.

Derrière ces chiffres et ces constats, il y a aussi des parcours de vie directement affectés par la violence et l’exil. Certaines des personnes accompagnées ont accepté de partager, de manière anonyme, ce que ce soutien a représenté pour elles :

Un engagement de long terme aux côtés de la société civile congolaise

Ce soutien d’urgence s’inscrit dans un engagement de long terme, avec de nombreuses actions menées depuis plusieurs années par Agir ensemble, en République

Agir ensemble a été créée pour contribuer activement au soutien et à la protection des défenseur·se·s des droits humains en danger à travers le monde. Aujourd’hui, face au constat généralisé des nombreuses violations commises à leur encontre, leur apporter une protection est plus que jamais une priorité pour l’association.

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