Le 25 juin, Agir ensemble pour les droits humains a réuni ses membres, ses partenaires et ses équipes au Goethe-Institut de Lyon. Bilan des actions menées, orientations stratégiques, renouvellement de la gouvernance et témoignages de défenseur·euses des droits humains : le temps d’une soirée, toutes les dimensions de la vie de l’ONG ont été mises en commun.
Sommaire
Une assemblée inoubliable
Une assemblée générale ne se résume jamais tout à fait à l’approbation de rapports et de comptes. Elle est aussi le moment où une organisation prend le temps de regarder le chemin parcouru, de mettre ses choix en discussion et de rassembler celles et ceux qui rendent son action possible.
Le 25 juin, 45 personnes ont fait fit de la canicule afin participé à l’Assemblée générale d’Agir ensemble pour les droits humains (AEDH), accueillie cette année encore par le Goethe-Institut de Lyon. Membres de l’association, partenaires, administrateur·rices, salarié·es, volontaires, stagiaires et personnes engagées à ses côtés ont pu revenir collectivement sur une année 2025 marquée par l’intensification des crises, mais aussi par la consolidation des actions de protection et de soutien portées par l’ONG.
En ouverture, Tim Hughes, président d’AEDH, a rappelé la conviction qui continue de guider l’association malgré la dureté du contexte international : la dignité de chaque être humain doit pouvoir être reconnue et défendue. Carole Martin de Champs, déléguée générale, a prolongé cette réflexion en soulignant la responsabilité collective qui demeure tant que des personnes et des organisations sont menacées en raison de leur engagement pour les droits humains.
L’événement s’est poursuivit avec la présentation du rapport moral et d’activité, lequel présentait les chiffres clés de 2025, la portée de nos actions ainsi que des éléments contextuels. Il fut suivi de l’édito consacré à la stratégie de protection des défenseur.euse.s des droits humains, décrivant comment les accompagner, les mettre à l’abri, les relocaliser et les soutenir juridiquement et psychosocialement. Cette stratégie fut illustrée par la crise aiguë que traverse la République Démocratique du Congo.
2025 : mesurer l’action sans la réduire aux chiffres
Le rapport moral et d’activités a d’abord permis de prendre la mesure du travail accompli. En 2025, AEDH a mené neuf projets dans 23 pays, aux côtés de 44 partenaires de mise en œuvre. Les équipes ont réalisé 22 missions sur le terrain et mobilisé un budget de près de 2,6 millions d’euros.
Au cours de cette même année, 171 défenseuses et défenseurs des droits humains ont bénéficié d’une protection d’urgence. Derrière ce chiffre se trouvent autant de situations singulières : des personnes menacées, parfois contraintes de quitter temporairement leur domicile ou leur pays, mais aussi des familles et des communautés dont l’équilibre dépend souvent de leur sécurité.
Ces données ne constituent donc pas seulement un bilan quantitatif. Elles racontent l’étendue d’une mobilisation qui associe équipes salariées, volontaires, stagiaires, bénévoles, administrateur·rices, donateur·rices et réseaux partenaires.
Neuf projets, 22 missions de terrain, 23 pays d’action et 171 défenseur·euses protégé·es en urgence : les principaux repères de l’année 2025.
Protéger dans l’urgence, mais aussi avant qu’elle ne survienne
La présentation de la stratégie de protection d’AEDH a permis de dépasser la seule succession des projets pour expliquer la cohérence qui les relie.
Protéger une personne menacée ne consiste pas uniquement à intervenir lorsque le danger est déjà là. L’approche développée par AEDH articule quatre dimensions : une protection holistique, attentive à l’ensemble des besoins de la personne ; une action préventive, fondée sur l’analyse des risques ; un soutien d’urgence lorsque la menace l’exige ; et une mobilisation en réseau, indispensable pour coordonner les réponses et éviter l’isolement.
Cette approche peut comprendre une aide financière, un accompagnement juridique et psychosocial, une mise en sécurité, une relocalisation temporaire ou encore un appui à la poursuite des activités de défense des droits humains.
Une stratégie fondée sur quatre dimensions complémentaires : protection holistique, prévention, soutien d’urgence et mobilisation des réseaux.
En 2025, 280 000 euros ont été consacrés aux actions de protection d’urgence. Parmi les personnes accompagnées, 45 % étaient des femmes et 10 % des journalistes. Dans la majorité des situations, les menaces provenaient de groupes armés non étatiques.
La crise traversée par la République démocratique du Congo a illustré de manière particulièrement nette la nécessité de cette capacité de réaction. Une opération d’urgence a permis de soutenir 88 défenseur·euses menacé·es ainsi que leurs proches. L’un d’eux a résumé sobrement la portée de cette mobilisation : « Avec votre travail, vous avez soulagé des souffrances, ma famille y compris. »
L’Assemblée générale est également revenue sur la première phase de l’Initiative pour les défenseur·es des droits humains dans le monde. Entre 2022 et 2025, ce programme a permis de soutenir 1 330 personnes et de mener huit actions de plaidoyer aux niveaux national et international. Une seconde phase, engagée jusqu’en 2028, doit désormais prolonger et approfondir ce travail.
Donner aux organisations les moyens d’agir et de durer
Protéger les personnes ne suffit pas si les organisations au sein desquelles elles agissent restent fragiles ou privées de ressources. La stratégie de soutien d’AEDH repose ainsi sur une idée simple : agir avec les organisations locales, jamais à leur place.
Trois leviers structurent cette démarche. Le premier consiste à favoriser les échanges de pratiques et de compétences. Le deuxième vise à faciliter l’accès à des financements adaptés. Le troisième cherche à renforcer la coordination entre les organisations de défense des droits humains, afin qu’elles puissent porter leurs priorités d’une voix plus forte et mieux organisée.
Une stratégie fondée sur quatre dimensions complémentaires : protection holistique, prévention, soutien d’urgence et mobilisation des réseaux.
Le Gabon a offert une illustration concrète de cette méthode. Loin d’une juxtaposition de projets isolés, AEDH y construit progressivement un ancrage fondé sur les besoins exprimés par les organisations locales.
Le projet ACT-VBG renforce les structures engagées contre les violences basées sur le genre. Dignité en détention développe une réponse conçue avec les partenaires à partir des réalités observées dans les lieux de privation de liberté. Le projet IMPACT, lancé en 2026, poursuit cette dynamique en soutenant l’émergence d’une société civile gabonaise plus inclusive, structurée et capable de participer aux espaces de décision.
En Colombie, le projet Buenaventura repose sur la même attention portée aux dynamiques locales. Mené avec plusieurs organisations partenaires, il accompagne des femmes, des enfants et des jeunes confrontés à la violence, afin de renforcer les environnements protecteurs, le tissu social et leur capacité à défendre leurs droits. Les témoignages vidéo des organisations Ambulua et Paz y Bien ont permis de faire entrer dans la salle les voix de celles et ceux qui portent quotidiennement ce travail sur le terrain.
Des alliances à la gouvernance : les conditions d’une action durable
Carole Martin de Champs a ensuite élargi la réflexion à la place des alliances, des coalitions et des campagnes de plaidoyer. Face à la réduction des espaces civiques et à la remise en cause croissante des libertés fondamentales, aucune organisation ne peut agir seule. La participation à des réseaux nationaux et internationaux permet de mutualiser les analyses, de coordonner les prises de position et de donner davantage de portée aux revendications formulées par les partenaires.
La présentation du rapport du commissaire aux comptes et du rapport financier a rappelé une autre réalité, moins visible mais tout aussi essentielle : une action crédible suppose également une gestion rigoureuse, transparente et débattue collectivement.
Après un temps d’échange avec l’assemblée, le rapport moral et les comptes de l’année 2025 ont été approuvés à main levée. Les membres ont ensuite voté à bulletin secret pour le renouvellement du conseil d’administration, avec l’élection de l’Alliance HERI et de Monica Schager.
Ces séquences statutaires peuvent sembler plus éloignées du terrain. Elles en sont pourtant l’une des conditions : elles permettent de partager les responsabilités, de contrôler les décisions et de maintenir un cadre commun autour de l’action menée.
L'état des droits LGBTIQ+ : un baromètre de la santé démocratique
Temirlan Baimash, cofondateur·ice de l’initiative citoyenne Queer KZ, a présenté la situation des minorités sexuelles et de genre au Kazakhstan ainsi que son travail de documentation des violations, de plaidoyer et de protection. Son intervention a montré comment l’engagement pour les droits LGBTIQ+ rejoint plus largement la défense des droits civils et politiques.i
La dernière partie de la soirée, organisée dans le cadre de la Semaine des Fiertés, a été consacrée aux personnes qui défendent les droits des minorités sexuelles et de genre.
Un quiz a d’abord permis de mesurer l’ampleur du recul actuellement observé à l’échelle internationale. Les droits des personnes LGBTIQ+ n’ont pas progressé de manière continue au cours des dernières décennies. Des organisations hostiles à ces droits reçoivent chaque année des financements considérables et 65 pays criminalisent encore les relations consenties entre personnes de même sexe.
Ces attaques ne concernent pas uniquement les personnes directement visées. Elles constituent aussi un indicateur de la santé démocratique d’un pays : lorsque certains droits deviennent négociables, l’ensemble des libertés fondamentales se fragilise.
La lecture d’une lettre anonyme écrite par une personne accueillie dans le cadre du programme Lyon, Ville Refuge a ensuite donné une place à une parole qui ne pouvait être portée physiquement dans la salle.
Cette absence, imposée par les circonstances, a rappelé tout le sens d’un dispositif de relocalisation temporaire : offrir un espace sécurisé, un temps de répit et les moyens de poursuivre son engagement.
Depuis 2021, Lyon, Ville Refuge a accompagné treize défenseur·euses originaires de onze pays. Le programme, porté avec la Ville de Lyon et un réseau de partenaires, associe mise en sécurité, accompagnement psychosocial, formation, plaidoyer et création de nouvelles alliances.
Deux témoignages ont enfin permis d’ancrer les échanges dans des expériences concrètes.
Jean-Claude Pongault Elongo, directeur exécutif de Cœur Arc-en-ciel et membre de la Commission nationale des droits de l’homme de la République du Congo, a partagé son expérience de défenseur des droits humains et des minorités sexuelles et de genre. Son témoignage a souligné l’importance d’organisations locales capables d’accompagner les personnes concernées, mais aussi de dialoguer avec les institutions et de faire évoluer les politiques publiques.
Au terme de la soirée, l’Assemblée générale aura permis d’approuver des rapports, de renouveler une gouvernance et de présenter des résultats. Mais son apport principal se situe peut-être ailleurs : dans la possibilité de relier des actions souvent menées à plusieurs milliers de kilomètres, de confronter les choix stratégiques et d’entendre directement les personnes concernées.
AEDH remercie l’ensemble des personnes présentes, le Goethe-Institut de Lyon pour son accueil, ainsi que les équipes, volontaires, stagiaires, administrateur·rices et partenaires mobilisés dans la préparation de cette rencontre.
Car derrière chaque projet se trouve une chaîne d’engagements, parfois discrète, toujours collective. Pour défendre les droits humains, le collectif n’est pas un décor : il est la méthode.
Nous remercions toutes celles et ceux qui se sont rendu.e.s à notre Assemblée générale ; aussi bien les adhérent.e.s que les salarié.e.s, volontaires et stagiaires.
L’équipe d’Agir ensemble pour les droits humains.




