Les violences sexuelles envers les femmes en Colombie

Trigger Warning : cet article traite des violences sexuelles.

La révélation en 2021 de 118 militaires colombiens coupables de violences sexuelles depuis 2016 est alarmante. Il s’agit d’actes sexuels commis avec violence, contrainte, menace ou surprise. En Colombie, la localisation géographique, l’appartenance à une communauté ethnique et l’insécurité exacerbent ces actes qui visent majoritairement les femmes. Or, malgré l’aide de programmes internationaux comme l’Agenda Femmes, Paix et sécurité de l’ONU, le pays peine à éradiquer ces violences.

Le contexte juridique en Colombie

En 1991, la Colombie adopte avec sa constitution un cadre légal favorisant la protection des droits des femmes et l’égalité de genre, faisant écho à l’actualité internationale. Cependant, le pays semble réticent à ratifier les documents internationaux garantissant les droits des femmes, en dépit de la volonté d’action affichée par la constitution. La Colombien a adhéré (et non ratifié) la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l’élimination de la violence contre la femme de l’Organisation des Etats Américains de 1979 seulement en 2015.

Face à cet immobilisme, la situation se dégrade. Selon le Comité International de la Croix Rouge, 17 100 femmes ont été victimes d’atteintes à leur liberté et à leur intégrité sexuelle à cause du conflit armé en 2016. Elles le seraient encore davantage : la campagne « Saquen mi cuerpo de la guerra” de 2017 estime que 78% des femmes victimes de violences sexuelles ne les dénoncent pas car les faits sont banalisés et le cadre juridique leur est défavorable. Amnesty international signe même une pétition pour que la commission interaméricaine contraigne plus la justice colombienne.

Une géographie des violences

Lors du conflit armé colombien de nombreuses femmes ont été victimes de violences sexuelles, notamment en milieu rural. Entre 2001 et 2009, 489 687 femmes ont été victimes de violences sexuelles dans 407 municipalités colombiennes selon l’enquête d’Oxfam. Ces violences sont utilisées comme arme de guerre par des guérillas, paramilitaires, agents de l’Etat et autres groupes armés. Si elles sont dorénavant qualifiées de “crimes contre l’humanité” par l’État colombien, elles ne font pas systématiquement l’objet de réparations par la justice colombienne.

Les violences sexuelles sont également utilisées comme arme de répression en milieu urbain. Elles ont été dénoncées lors des manifestations qui ont débuté le 28 avril 2021 à l’occasion de la grève nationale. Alison Mélendez, une jeune fille de 17 ans a été victime d’agressions sexuelles par les agents de la force antiémeute (Esmad), après avoir filmé des violences policières à Popayán dans le Cauca. L’adolescente s’est ensuite suicidée. Elle est ainsi devenue le symbole des violences sexuelles dont sont victimes les manifestantes colombiennes.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat entre Agir ensemble pour les droits humains et l’association Aves de Paso (Laurelenn Bon et Marie Ollivier)

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