Témoigner à l’épreuve de la guerre

Répression des défenseur·ses des droits humains et rétrécissement de l’espace civique en République démocratique du Congo

La République démocratique du Congo traverse une aggravation majeure de la crise sécuritaire et humanitaire dans l’Est du pays. L’offensive de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23), qui conduit à la prise de Goma puis de Bukavu en 2025, constitue pour le rapport un tournant majeur. Cette intensification du conflit s’accompagne d’une multiplication des violations des droits humains, de déplacements massifs de populations et d’un rétrécissement continu de l’espace civique.

Les défenseur·ses des droits humains (DDH) et les organisations de la société civile occupent une place essentielle dans la documentation des violations, l’accompagnement des victimes et la défense des libertés fondamentales. Le rapport montre toutefois que l’exercice de ces fonctions devient lui-même une source d’exposition : dans un environnement fortement polarisé, documenter les violations attribuées aux différentes parties au conflit peut conduire à des accusations, à des menaces ou à des représailles. La neutralité revendiquée par les DDH ne constitue plus nécessairement une protection.

Le phénomène ne se limite pas aux territoires contrôlés par l’AFC/M23. Le rapport distingue des mécanismes et des acteurs différents, mais décrit un affaiblissement de l’espace civique à l’échelle du pays : dans les zones contrôlées par l’AFC/M23, surveillance, contrôle de l’information, violences et représailles réduisent fortement les possibilités de documenter et de dénoncer les abus ; ailleurs, les impératifs de sécurité sont, selon le rapport, de plus en plus invoqués par les autorités pour restreindre l’expression, l’association, la réunion pacifique et le traitement indépendant de l’information.

La RDC dispose depuis 2023 d’un cadre juridique national relatif à la protection des DDH. Le rapport le qualifie d’avancée majeure et documente plusieurs usages concrets de cette loi. Il constate néanmoins que son appropriation et sa mise en œuvre restent insuffisantes pour garantir une protection effective dans le contexte décrit. En parallèle, les DDH développent des stratégies d’adaptation et de solidarité pour poursuivre leurs activités, mais le rapport souligne explicitement la fragilité de cette résilience.

Le rapport conclut que le renforcement de la protection des DDH est une condition essentielle à la préservation de l’État de droit, à la lutte contre l’impunité et à la construction d’une paix durable en RDC.

5 messages à retenir

  1. La crise sécuritaire affecte aussi la capacité de documenter les violations. Les DDH ne sont pas seulement exposé·es en raison du contexte général de violence : leur activité même, enquêter, documenter, dénoncer, accompagner les victimes et rendre l’information publique, peut déclencher des représailles. Le rapport relève que le risque encouru empêche par ailleurs de rendre publics de nombreux cas, ce qui limite la documentation disponible.
  2. Dans les zones contrôlées par l’AFC/M23, la restriction de l’espace civique repose sur une combinaison de surveillance, de contrôle de l’information et de répression. Le rapport décrit notamment des listes visant des voix critiques, une surveillance communautaire et numérique, l’infiltration de réseaux de communication, des pressions sur les médias et des violences contre des personnes susceptibles de documenter ou de dénoncer des exactions. Il souligne qu’en l’absence même d’une interdiction formelle générale des activités de la société civile, les représailles observées déterminent concrètement ce qui peut encore être dit ou fait.
  3. Le rétrécissement de l’espace civique dépasse les zones contrôlées par l’AFC/M23. Dans le reste du pays, le rapport décrit une stigmatisation de certaines voix critiques, un contrôle accru de l’information, le recours à des qualifications pénales liées notamment à la sûreté de l’État et des restrictions touchant les manifestations pacifiques. Certaines de ces pressions sont antérieures à l’offensive de 2025.
  4. L’existence d’un cadre légal protecteur constitue une avancée, mais ne garantit pas à elle seule une protection effective.
    La loi n°23/027 du 15 juin 2023 est présentée comme le premier cadre juridique national protecteur des DDH et comme un outil effectivement mobilisé sur le terrain. Le rapport relève simultanément des difficultés d’appropriation, de diffusion et de mise en œuvre.
  5. La résilience permet de continuer à agir, sans supprimer les besoins de protection. Les DDH et leurs organisations réorganisent leurs pratiques, renforcent l’évaluation des risques, mobilisent des relais extérieurs, recourent à des signatures collectives ou à des pseudonymes et développent des réseaux de solidarité. Le rapport qualifie cette capacité de résilience de forte, mais également de fragile en raison des écarts de capacités de sécurité, des contraintes budgétaires et de la réduction des ressources disponibles.
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